Grenoble montagne

S'inscrire à la Newsletter


Accueil » La montagne : une science, une économie, une inspiration

La montagne : une science, une économie, une inspiration

Publié le 19 juillet 2013

La montagne a toujours été un territoire d’innovation.
Bien loin du cliché de quelques paysans attardés, menant une vie recluse, les montagnards, aventuriers par nature, ont toujours été des découvreurs.
Des colporteurs qui jouaient à saute-montagne aux géniaux ingénieurs de la houille blanche, des remontées mécaniques, ou les arrangeurs de plantes qui osèrent la Chartreuse, la montagne  a accouché des sciences.

A Grenoble et alentour, dans cet “Y” calé par les fortins du Vercors, de Chartreuse ou de Belledonne, on dénombre quelques 20 000 entreprises, plusieurs universités, des grandes écoles, des centres de très hautes technologies, des éditeurs… La matière grise s’acclimate parfaitement à la montagne.

Des découvreurs insolites…

Si l’on ne revient pas sur Antoine de Ville qui inventa l’alpinisme avec “moultes” échelles, il est difficile d’ignorer le grand Pierre Allain. Ce grimpeur parisien contemporain (1904/2000), remarquable alpiniste (face nord des Drus par exemple) et penseur écrivain avec “Alpinisme et compétition”, fut, dans sa dernière demeure, à Uriage, sur les pentes de Chamrousse, l’éternel fabricant et inventeur, une sorte de professeur Tournesol de l’alpinisme. On lui doit les vestes et les sacs de couchage cloisonnés en duvet, les descendeurs, les chaussons d’escalade, les mousquetons en aluminium , etc… Il concevait lui même ses machines outils et dans son atelier, à Uriage, il pouvait en quelques minutes vous fabriquer une dizaine de mousquetons ou une échelle de spéléo.

Si son génie n’a pas engendré d’ entreprise Pierre Allain, il a inspiré nombre de créateurs.

Dans un autre massif, dans le Vercors, un spéléo bricoleur, Fernand Petzl, l’un des vainqueurs de l’Everest de la spéléo : le fameux gouffre Berger, fut également d’une ingéniosité sans borne, concevant et fabriquant mille et un produits utiles en spéléo et en alpinisme. Quand son fils, Paul Petzl reprit les rênes de la petite entreprise familiale, il développa sur le site de Crolles une véritable pépinière d’innovations. Avec ses ingénieurs, très à l’écoute de leurs clients (les alpinistes, et tous ceux qui utilisent des techniques de corde pour leur loisir ou leur travail) Petzl imagina des baudriers, des mousquetons, des descendeurs, des piolets  et crampons (avec Charlet Moser) et surtout ces fameuses lampes frontales conçues avec des LED : une première mondiale. Une première qui fait que partout sur la planète, là où l’on utilise une lampe frontale, dans 90 % des cas, c’est une Petzl… Quel success story ! Entre ces géants se glissent des artisans tout autant créatifs.

Ainsi à deux pas de Chamrousse, dans une jolie maison, toute l’équipe de Pierre Gignoux, un spécialiste du ski de rando ( qui fut avec Stéphane Brosse, un recordman de vitesse de l’ascension du Mont Blanc) fabrique d’incroyables chaussures de ski de rando en carbone : elles pèsent moins lourd qu’une basket !

Aristide Bergès

L’épopée de la houille blanche

L’histoire c’est encore et c’est surtout celle de la houille blanche…En se baladant du côté du lac du Crozet en Belledonne on reconnaîtra les conduites forcées si précieuses à Aristide Bergès (1833 – 1904). Bergès fut le chantre de l’hydroélectricité en France, dans la région grenobloise. Il faut imaginer ce bonhomme un peu rond, souriant derrière sa grosse moustache de maquignon, qui va littéralement inventer le terme de “houille blanche” dans le tract qu’il diffuse lors de l’exposition universelle de Paris en 1899. Sur une de ses turbines, Bergès avait simplement gravé : “cinq millions de chevaux pour les Alpes seules”. Grâce à lui la ville s’illuminait, les papeteries tournaient à plein régime et les tramways glissaient sur leur rails. Les amateurs d’histoire se régaleront devant la Tour Perret, première tour du monde à être construite en béton armé. Elle vit le jour en 1925, grâce à Auguste Perret pour célébrer l’exposition internationale de la houille blanche et du tourisme sur la production, le transport et la distribution de l’énergie électrique, et le tourisme. Des projecteurs avaient été installés à son  sommet pour éclairer les bâtiments.

Grâce à l’électricité de Bergès, Grenoble devint un centre pionnier dans le domaine de la chimie, de la cimenterie ou du textile… Mais au milieu du XXème siècle, c’est encore la montagne qui va créer l’évènement. Le tourisme des sports d’hiver qui s’est  d’abord invité aux côtés du tourisme thermal,  est en plein développement. Des stations vont s’implanter sur les hauteurs de Grenoble dans les différents massifs et l’apothéose sera parachevée en 1968, lorsque le président de la république, Charles de Gaulle, déclarera ouverts les dixièmes jeux olympiques d’hiver à Grenoble.

La légende des Killy, Périllat et autres Goitschel va naître sur les pentes de Belledonne là même où Henry Duhamel débuta le ski en 1875. Ce passionné d’alpinisme avait acheté en 1878 une paire de ski sur le pavillon de la Norvège et de la Suède, et à Gières où il résidait (et mourra en 1917), il fondera même le premier ski club de France.

Aux portes de Grenoble, les établissements Rossignol ont perpétué cette intuition géniale de Duhamel, créant skis et snowboards parmi les plus réputés.

Pour que le ski s’impose en hiver il fallut que des petits génies imaginent des moyens mécaniques pour remonter les pentes…Ce fut le cas de Jean Pomagalski et Pierre Montaz  dès les années 30…

Aujourd’hui à deux pas de Grenoble, POMA est devenu le leader mondial du transport par câble. Cette magnifique entreprise exporte son savoir faire et ses technologies dans le monde entier. Plus spectaculaire encore : le transport par câble, né dans l’environnement très rude de la montagne, s’installe en ville ! POMA ainsi a construit de véritables métros aériens tant à New-York, qu’à Nijni Novgorod, Medellin ou Rio de Janeiro. Et plus incroyable : POMA a conçu pour le CEA (commissariat à l’énergie atomique), à Grenoble,  une liaison par câble dite “blanc/blanc” qui permet de voyager entre deux salles de recherche étanches sans rompre la continuité de cette “étanchéité”.

Cette formidable activité industrielle de la montagne se retrouve toutes les années paires  à Grenoble lors d’un salon mondial de l’aménagement en montagne (le SAM devenu Mountain Planet) qui accueille tous les plus grands équipementiers de la planète.

Livres et recherches

La montagne  a initié à Grenoble  quelques beaux fleurons de l’édition. Si l’éditeur Arthaud fut un pionnier avec la fameuse collection  de livres de montagne “sempervivum”, des éditeurs comme Jacques Glénat, en plein coeur de Grenoble, poursuivent le mouvement, publiant chaque année des dizaines d’ouvrages consacrés à la montagne et au patrimoine alpin.

Tout proche on trouve également les éditions Nivéales qui concentrent la majeure partie de la presse spécialisée montagne avec des titres emblématiques comme Vertical ou Montagnes Magazine. Le Dauphiné Libéré accompagne les fans de montagnes chaque jour avec des articles “terrains” et des hors série ou des magazines tels Ski Chrono.

La montagne à Grenoble : à la pointe de la science

Nous pourrions encore citer tous les centres de recherche universitaire liés à la montagne ( comme l’IRSTEA, ex CEMAGREF, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture). Des alpinistes de renom s’y sont illustrés : Pierre Béghin, déjà cité, ou Patrick Wagnon, l’un des plus grands himalayistes de la jeune génération. Ce dernier ramène des quatre coins du monde (dans la lignée des Lorius) des données très importantes puisées à même les glaciers pour comprendre les changements climatiques.

Les associations en lien avec la montagne sont très nombreuses, telle la célèbre ANENA (association nationale de l’étude de la neige et des avalanches). Cette association unique en son genre, centralise depuis plusieurs décennies toutes les informations concernant le manteau neigeux. Grâce à elle les skieurs, les montagnards, les secouristes, les pisteurs apprennent à déceler les pièges de la mort blanche.

Ces lieux de recherche scientifique, où la haute technologie s’épanouit, est une spécificité purement grenobloise. Le polygone scientifique regroupe d’importants laboratoire du CEA et du CNRS… Ici, depuis des années, on est à la pointe de la nanotechnologie, on travaille sur l’intelligence artificielle (notant au passage que certains des pontes grenoblois en la matière sont également des alpinistes et des écrivains de renom tel Bernard Amy dont l’ouvrage “le meilleur grimpeur du monde” fut un pavé dans la mare tranquille de la littérature de montagne). Minatec, les grands instruments européens l’ESRF (European Synchrotron Radiation Facility) et l’ L’ILL, l’un des membres fondateurs de GIANT, le campus grenoblois d’ innovation, sont des têtes de pont de cette ville où soufflent l’esprit de sciences et celui des cimes. Des firmes spécialisées dans les nouvelles technologies comme Hewlett Packard et ST Microelectronic alimentent  cette compétitivité…

Hier, la montagne était objet de sciences, aujourd’hui elle ajoute une corde à son arc en devenant le décor des sciences.

Grenoble peut ainsi s’enorgueillir d’être un pôle scientifique remarquable, où la montagne n’est jamais loin…En témoigneraient ces populations d’ingénieurs ou d’étudiants qui fréquentent les cimes chaque fin de semaine ou les grandes salles d’escalade de l’Espace Vertical entre midi et deux !  Il est également probable que ce prof de fac qui enseigne avec enthousiasme la notion d’ Alètheia chez Heidegger soit aussi cet alpiniste qui a partagé avec vous un carré de chocolat au refuge du Soreiller ou du Promontoire.

S’il y a une montagne au bout de chaque rue, il existe une montagne au chaud de nombreux coeurs grenoblois.

Poussez la porte, une montagne vivante vous attend.

Soyez le premier à laisser un commentaire !

Laisser un commentaire